RÉSUMÉS > Anna GUEDON

Sacrifier des parfums pour Isis. La reconstitution sensorielle de rituels isiaques dans la littérature et la peinture au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, la figure d’Isis, déesse de l’Égypte ancienne dont le culte s’est diffusé dans tout le bassin méditerranéen entre le IVe siècle av. et le IVe siècle ap. n. è., connaît un rayonnement exceptionnel. Dans le contexte de l’élaboration progressive des Sciences de l’Antiquité, des savoirs relatifs à la divinité se construisent, à partir d’une documentation renouvelée associant sources littéraires et archéologiques, et se propagent, permettant ainsi une connaissance accrue de la déesse. L’intérêt pour Isis n’est cependant pas limité à la sphère savante puisqu’il touche également les milieux littéraires et artistiques. Ses images, son mythe, son culte et ses rites sont détournés, revisités, réappropriés et se chargent de sens nouveaux.

Cette contribution se propose d’étudier plus spécifiquement les reconstitutions de rituels isiaques dans la littérature et dans la peinture du XIXe siècle, en insistant sur les dispositifs sensoriels mis en œuvre. Dans la description ou la restitution des cérémonies en l’honneur d’Isis, lors des processions ou des sacrifices par exemple, les sens des desservants et des fidèles sont mobilisés. Concernant le registre des odeurs, notre corpus comprend plusieurs références à des encens, des parfums ou encore des fumées parfumées. Un extrait de la nouvelle Isis de Nerval est particulièrement intéressant. Pour reconstituer le plus fidèlement possible une cérémonie en l’honneur d’Isis, l’auteur invoque plusieurs registres sensoriels parmi lesquels l’olfaction occupe une place non négligeable. Selon lui, le culte isiaque ne supposait aucun sacrifice sanglant mais seulement des libations d’eau et de lait auxquelles s’ajoutait l’embrasement d’encens et de parfums. On retrouve cette même idée d’un « sacrifice des parfums » dans le roman d’Edouard Schuré, La prêtresse d’Isis. Concernant les représentations figurées des rituels isiaques, en dessin ou dans la peinture, chez Moreau le Jeune ou Bridgman par exemple, la présence de fumée ou d’encens incandescent tient de la convention.

En interrogeant ces œuvres picturales et littéraires du XIXe siècle auxquelles s’ajouteront d’autres références, on pourra se demander si les dispositifs imaginés par les écrivains et les artistes créent un sentiment d’altérité qui distinguerait les cultes relatifs à Isis du monothéisme chrétien mais aussi des autres polythéismes antiques.

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